Nous, les monstres…
Je vais vous avouer un truc, cet article a failli s’appeler : « Donnez-nous notre monstre quotidien… ». Ca sonne bien, biblique, précis et…
c’est le reflet exact de la réalité.
De Bertrant Cantat à Michèle Martin, en passant par Oussama Ben Laden et des dictateurs en pagaille, les média nous abreuvent presque quotidiennement de « monstres » en tous genres… Y’en a pour tous les goûts, pour tous les dégoûts, pour toutes les exaspérations, pour toutes les peurs, pour tous les combats. Faites vos courses, choisissez le vôtre ! Réductions sur les plus terribles ! Possibilité de déversement de haine gratuitement ! Demandez notre promo !
Et là, effectivement, la promo marche. A plein rendement. Les forums et autres lieux d’expression 2.0 abondent de cris de haine, d’appels à la violence, de demandes de justice et… de cris de joie aussi, si l’un d’eux vient à disparaître.
« A bas les monstres ! Ne les laissons plus nous nuire ! »
…
Ce serait tellement plus facile, effectivement, si on pouvait tout régler comme cela.
Si on pouvait mettre le Blanc d’un côté, le Noir de l’autre.
Si on pouvait nier, renier, occulter toutes les nuances de gris entre les deux. Les milliards de nuances de gris.
Oh purée, putain de fichues de conneries de nuances de gris !!!
Non, elles n’existent pas ! Il y a les Bons et les Mauvais. Les Méchants et les Gentils. Basta.
Et les gens de s’exclamer qu’à eux, cela n’arriverait pas. Qu’ils sont du côtés des bons et des gentils. Que ces « monstres » ne sont pas comme nous, qu’ils sont comme ça, ne changeront pas, comme nous, nous sommes comme nous sommes et ne changerons pas non plus.
Mais quand un matin, un homme, père de famille, trucide et enterre toute sa famille sous sa terrasse; quand une autre sombre journée, une mère de famille aimante égorge ses 5 enfants; quand encore un soir comme tous les autres soirs, un adolescent entre dans une crèche et poignarde des bébés, on se sent très mal. On fouille, on cherche, on fouine, on décortique le passé et le présent de ces gens. Pour prouver leur monstruosité. Pour prouver qu’ils ne sont pas comme nous. Qu’eux, ce sont des monstres, de vrais. N’est-ce pas ? Ils ne sont pas humains, n’est-ce pas ? Ils ne sont pas comme nous, ces gens ? N’est-ce pas ???N’est-ce pas ???????
Si. Ils sont comme nous.
Ca nous rassurerait de penser que non. Que ce sont vraiment des monstres. Comme dans les vilaines histoires de notre enfance. Et qu’il faut éliminer les monstres.
Nous aurions moins peur. Tellement moins peur.
Mais on sait tous que c’est faux. Et que les monstres n’existent pas. Sauf dans les contes pour enfants.
Mais que des humains, des êtres humains comme nous, sont capables, à un moment donné, d’actes abominables, atroces, incompréhensibles, effarants… en deux mots d’actes monstrueux, ça oui, ça on le sait. Ca, ça existe. Que tout être humain est capable du pire comme du meilleur, ça, non, ce n’est pas un conte pour enfants.
Et que justement, ils soient comme nous, ces « monstres », exactement comme nous qui nous pensions si différents, ça nous flanque une trouille pas possible. Que l’être à côté duquel nous vivons, que le fils ou la fille que nous élevons, que nous, même, un jour se révèle capable de poser de tels actes, ça nous met face à un abîme de peur et d’incompréhension. Ca donne le vertige…
Alors on hurle, on crie, on nie l’évidence. On appelle à les écarter de notre vie, à les éliminer, à les achever. On brandit la loi du Talion, on clame notre haine de l’autre, on vocifère qu’on a le droit de faire tout cela, au nom de la Loi, au nom du Bon Sens !
Et… lentement, imperceptiblement, subrepticement, sans y faire gaffe… on glisse doucement, doucement, doucement, exactement vers là où nous pensions ne jamais aller…
Et on pourrait bien se révéler, un jour, et selon notre propre définition… être…
Nous, des monstres.
D’irrécupérables monstres.
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