« Choper d’la femme », mode d’emploi
On découvre parfois des perles sur le web, et je ne remercierai jamais assez Christophe de m’avoir fait découvrir ce texte, incroyable, d’un mec désireux de donner de très bons conseils à ses congénères sur la manière de séduire les femmes. Ce brave type part du postulat (très tendance) que pour plaire à une femme, il faut être un « bad boy » (insérez ici une vidéo de Will Smith ou toute autre vidéo bien stéréotypée dopée à la testostérone, selon votre goût). Comme il le dit lui même, un « bad boy » est un homme qui se la joue et confond sa copine avec bille (« j’te prends, j’te lance, j’te fais ramper, tu vas où j’veux, c’est moi le plus grand, le plus beau, le plus fort »).
Parait que les femmes adorent ça.
Qu’elles en redemandent, même.
Ha.
Passons sur le fait que la généralité « les femmes » me hérisse ce qu’il peut me rester de poils après une épilation que je juge pourtant très efficace, mais le fait qu’on y déclare, en plus, qu’elles adorent se faire traiter comme des chiennes (et encore, si on traite des chiennes comme ça, on a la S.P.A sur le dos, pauv’ bêtes) me met d’une humeur de hyène.
Imaginez la réaction de ces messieurs si je hurlais à la cantonade que tous les mecs sont des connards qui ne cherchent qu’à baiser, à boire et à roter tout en ne faisant jamais fonctionner le seul demi-neurone qui leur a été doté par Dame Nature… Ca les crisperait un chouïa ? Ca peut se comprendre !
Ben voilà, je crispe.
Alors donc, cher spécialiste, pour t’expliquer que tu fais fausse route, je vais prendre, au hasard, mais alors complètement au hasard, un exemple que je connais passablement bien : l’Homme. Cet échantillon de sexe masculin partage mon lit depuis près de 20 ans maintenant (et d’après mes sources, il s’y sent plutôt bien). Certes, en 20 ans, y’a eu des hauts et des bas, des petites séparations (et ne venant pas forcément de lui, les séparations), des coups de tête mais… même en tenant compte de tout ça, l’Homme n’est pas à proprement parler un « bad boy » (Will Smith, le retour). Ok, y’a des moments où il me donne envie de l’encastrer dans le mur, l’émasculer au couteau à poisson, lui coincer les doigts en claquant son MacBook très fort, mais cela ne fait pas de lui un beau salaud pour autant. En dehors de ces moments-là, c’est même plutôt un être tout à fait charmant, complètement craquant, attentionné, gentil, tendre, intéressé par la nana avec laquelle il couche (et pas juste par son vagin quoique ledit vagin fasse partie de la nana en question aussi, on est d’accord) et présent à tout moment (oui, garçon, tu lis bien, j’ai dit A TOUT MOMENT).
Et ça fait 20 ans que ça dure.
Oui, c’est rude.
Nous sommes le contre-exemple parfait de ce que tu professes.
Nous serions les seuls, je dirais pas, mais, malheureusement pour ta théorie, nous vivons entourés de plein de gens tout pareils que nous, un vrai vivier. Des couples avec des mecs bien, sympas, intelligents, cools, gentils et serviables. Et qui tiennent la route depuis près de 20 ans.
Ca casse un peu le mythe, c’est moche, hein.
Et d’ailleurs, je m’interroge. Ton conseil en fait, c’est pour atteindre quel but exactement ?
Car, ne l’oublions pas, avant de mettre en place une tactique, il faut définir le but que cette tactique va te permettre d’atteindre. Et c’est là où ton raisonnement pèche un peu (voire beaucoup).
C’est quoi, le but ?
Se faire un max de fille ? Pouvoir ainsi, ensuite, telle une collection de carapaces de tortues, de défenses d’éléphants ou de cartes Panini du Mondial 86 (grande année, je te les conseille), les étaler devant tes potes et t’en vanter ?
C’est une possibilité. « Choper d’la femme » est un sport que certains pratiquent. Ca doit, d’ailleurs, avoir à peu près la même saveur que la pêche intensive du thon en chalutier industriel. Mais on peut en apprécier l’aspect quantitatif, ce n’est pas interdit.
Sauf que, de ma petite expérience (les séparations, ça a du bon, ça permet de tester plusieurs types de pêches), ce genre de consommation de masse, ça ne dure jamais très longtemps quand c’est la nana qui en est le plat principal. Dans mes souvenirs à moi, ça va de une semaine (je suis venue-j’ai vu-j’en veux plus, virez-moi ce loser) à un mois (c’est un plan cul confortable, je garde parce qu’il est bon au pieu, un peu comme un bon vieux canapé mais je le vire dès que j’ai rencontré le grand Amour, un mec forcément mieux que lui). Une semaine-un mois, ça fait short comme timing sur une vie, tu avoueras. Surtout qu’en plus, on la passe à se faire virer.
Je peux te concéder que la règle « fuis-moi, je te suis, suis-moi, je te fuis » peut marcher en séduction. Allez oui, je te le concède. Sauf que, crois-moi sur parole, ce n’est pas un comportement typiquement féminin. C’est surtout un comportement extrêmement humain. En amour comme dans d’autres domaines des relations humaines, d’ailleurs. Les hommes, donc, n’échappent pas à la règle.
Et puis pour construire une relation sur le long terme, avoue que se barrer toutes les deux minutes et demi en calculant si ça le fait, si comme ça on va arriver à tenir en laisse la nana dont on est amoureux, ça risque de devenir un peu fatiguant. Je connais même des filles que ça lasse franchement. Du coup, ça met clairement en péril le côté « long terme » justement… Et si on est amoureux, c’est pas vraiment le but recherché. C’est même plutôt tout à fait l’inverse. C’est couillon.
Donc voilà, c’est là que j’en arrive du coup à te confier un grand secret en séduction :
Pour « choper d’la femme », il faut être un salaud fini.
MAIS cette magnifique règle a un corollaire :
Pour « plaire à une femme », il faut être tout le contraire.
Quand tu auras fini ta pêche au thon, on en reparle.
En attendant, bonne indigestion.
(Ce texte fait partie de la série lancée par le Pari de Marie)
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