Les baby geeks sont parmi nous (génération Z)
Oui, mon titre fait très film catastrophe, j’en conviens.
On imagine tout de suite des monstres atroces, tapis dans un coin, prêts à vous sauter dessus pour vous piquer votre Mac, avec un rire à vous glacer le sang.
Bon, ok, c’est un peu exagéré.
Mais un peu seulement.
Cessez de rire, car, justement, ils ne sont pas atroces. Sous des dehors d’adorables bambins innocents, ils en arrivent doucement à gérer vos appareils électroniques mieux que vous et, par là, à avoir la main mise sur votre foyer. Faites gaffe. C’est insidieux.
A l’heure où tous les médias discutent de la fameuse génération Y née avec un ordinateur au pied du berceau en se demandant quelles peuvent bien être les conséquences d’une surexposition au DOS ou, pire, au solitaire de Windows, personne ne se penche sur le cas, pourtant nettement plus inquiétant, de la génération Z qui, elle, est non seulement née avec un ordinateur devant sa chaise haute, mais en plus avec internet, les réseaux sociaux, le WiFi, les tablettes et les smartphones planqués dans la couche-culotte.
Exit la génération Y, les vrais « digital natives », ce sont les suivants, ceux nés fin des années 90 – début des années 2000 (et qui n’ont aucun souvenir d’un monde d’avant le 11 septembre 2001) et pour qui ne pas avoir internet sur le téléphone est une hérésie que seule grand-maman peut encore se permettre (et encore, c’est parce qu’ils aiment bien grand-maman).
Le petit de l’Homme, né en 2003, n’échappe pas à la règle. A 2 ans, il gérait l’iPod Classic (c’était pratique pour regarder Oui-Oui sur YouTube), à 3 ans, il gérait le lecteur de DVD (c’était pratique pour désobéir) et appelait son père sur l’iPhone, à 4 ans, il gérait Lapin Malin sur son ordi ET iTunes à fond (« mais puréééééééééée, tu vas l’éteindre, cette musique, oui ! ») et imprimait lui-même ses dessins, à 5 ans il maîtrisait la PS3, la Wii et la DSi (et, même, les 3 à la fois), à 6 ans, il t’expliquait le fonctionnement de l’iPad et cherchait les meilleures applications adaptées à ton cas (« non merci, je ne veux pas de jeu pour améliorer les performances de mon cerveau, ça ira »), à 7 ans…
A 7 ans, il allume le décodeur TV, enregistre son programme préféré sur le disque dur, te sort que, de toute façon, si tu l’en empêches, il a l’application « Gulli replay » sur l’iPad et qu’il verra quand même ses dessins animés préférés, te balance que, franchement, tu devrais faire du sport même la Wii le dit, te demande une carte iTunes prépayée pour pouvoir acheter le best off de Depeche Mode et te dit qu’il est temps de mettre tes applications à jour sur ton iPhone, t’en as plein en retard, là. Il n’hésite pas à lancer à la cantonade « maman sait pas jouer à Angry Birds, hin, hin » (t’imagines pas la honte), trouve complètement injuste de ne pas avoir de compte Facebook (« mais il faut 13 ans, nom de nom ! » « mais on s’en fiche, on dit pas mon vrai âge ! ») et farfouille dans les dernières sorties des applications à la recherche d’une qui serait « vraiment trop cool ».
A 7 ans, il te sort que plus tard, il sera ingénieur chez Apple car, de toute façon, lui, il sait comment il fera l’iPad 3, il le fera rond, c’est décidé, c’est plus joli.
A 7 ans, il te fait trembler rien qu’à l’idée de ce qu’il sera plus tard, de ce que la technologie sera plus tard, de ce que le monde sera plus tard.
…
J’avoue humblement que je pensais avoir un exemplaire un peu unique dans le genre. Une sorte d’extra-terrestre sorti de je-ne-sais-où mais dont la présence sur la planète restait limitée et discrète.
Ben même pas.
Ils sont nombreux. Très nombreux.
Tremblez pauvres petits vieux qui avez connu la cassette, la vidéo, le disque, le téléphone à cadran et la télé sans télécommande. Tremblez.
Et non, je ne parle pas aux petits vieux nés avant la guerre de 40, hein, je parle aux vieux nés après la crise du pétrole. A nous, quoi.
A ceux qui vont devoir ramer, pédaler pour suivre la cadence imposée par cette toute nouvelle génération. Génération pour qui toutes ces choses ne sont pas du tout « geek », en fait, mais juste des objets usuels et quotidiens.
A nous qui allons devoir nous adapter à des choses qui, à eux, vont sembler logiques, naturelles et parfaitement normales.
A nous qui allons devoir trouver la manière de les élever dans un monde qui ne ressemble plus du tout au nôtre, dont les fondements mêmes risquent bien d’être bouleversés.
A nous qui allons devoir être cadrants, inventifs, souples et droits face à eux alors que nous-mêmes naviguons complètement à vue, souvent courbés et au bord de la rupture.
A nous, leurs « vieux ».
« Est-ce que tu crois que ça va marcher sur YouTube ? »
Malo a 6 ans, il vient de réaliser sa première vidéo avec l’aide de sa soeur, une sorte de petit tutoriel intitulé « comment accéder au monde 4 de Mario ». Le petit de l’Homme est complètement admiratif. Pas pour le monde de Mario, non (ça, il gère) mais pour le coup de la vidéo. Et de YouTube.
Mais pas de panique, ils ont fini de discuter vidéo et réseaux sociaux, ils se sont mis à jouer à « 007 », une sorte de pierre-papier-ciseau. Oui, le bon vieux pierre-papier-ciseau des cours de récré. Qui se joue avec les mains et deux gamins. Ils se marrent comme des baleines.
Car s’ils sont nés geeks, ils n’ont pas pour autant oublié d’être des enfants. Et la technologie, c’est bien, mais faut avouer que c’est nettement moins cool que les copains.
(merci à Malo pour sa vidéo, merci au petit de l’Homme et à ses copains pour la photo qui illustre cet article)
(cet article est le dernier article de la série lancée par le Pari de Marie)
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