La cruche et le bad boy
(Fable moderne, clap première)
« Les mecs de 20 ans aujourd’hui croient tous que, pour plaire aux filles, il ne faut surtout pas être un mec gentil »
« Ben quoi, c’est pas vrai ? »
« Ben non ! »
« Ha bon, pourtant, c’est pas si faux que ça, je trouve aussi que les femmes ne craquent pas pour les mecs gentils… »
Heureusement pour mon collègue que j’avais fini mon croissant car je me serais étouffée en l’avalant de travers (le croissant, pas le collègue).
Que la théorie soit défendue par Axel (dont je parle ici et qui explique son point de vue là), mec de la vingtaine, ok, passe encore, je peux me dire que c’est too much mais que ça lui passera avec l’âge et les rencontres, mais que cette théorie soit partagée par un collaborateur, de la quarantaine, qui a quand même déjà roulé sa bosse, là, ça m’inquiète un tantinet plus.
Sérieux, les gars, vous pensez vraiment que les filles aiment les salauds ? Ceux qui les font pleurer, courir, ramper et qui, en plus, donnent l’impression qu’elles ne leur arriveront jamais à la cheville ?
Mortifiée, j’ai fait mon introspection.
Est-ce que j’ai jamais craqué pour un mec comme ça dans ma vie… Voyons…
Ha wé ! Y’en a eu un ! J’avais 8-10 ans ! Et c’était un personnage de dessin animé.
Ben quoi, ça compte, non ?
Toutes les filles de mon âge ont craqué sur Anthony dans Candy. Gentil, charmant, bien élevé. Pourtant, y’en avait un autre vachement plus marrant et attrayant et que, moi, je préférais : il s’appelait Terrence Grandchester (j’en vois qui s’évanouissent à l’évocation, héééé, revenez à vous, les filles !). Un bad boy, un vrai. Cynique, révolté, impoli, belle gueule, qui fumait, buvait, n’obéissait à rien ni personne. Si ça, c’est pas du bad boy de compet, ça, je ne m’y connais pas ! Un régal. Le mec qui ne demande pas son avis à Candy et qui l’embrasse, comme ça, paf. Et qui se prend une gifle en retour (ouf, l’honneur est sauf, dites donc). Le mec qui se casse, la laisse en plan et va réaliser sa vie aux USA. Laissant une Candy, éplorée, derrière lui, ramer pour le rejoindre (mais elle est forte, elle va y arriver). Le mec qui, pour finir, va en épouser une autre « par honneur » (oui passque le bad boy ne se marie pas par amour, il se marie par honneur, c’est important) et laisser Candy partir pour « réaliser son destin » (devenir infirmière dans son Michigan natal, tu parles d’un destin de rêve).
Du bad boy, du vrai.
Et moi, rien qu’à le voir, je fondais comme neige au soleil. Moi aussi, je voulais courir derrière lui, quitte à faire trois fois le tour du globe. Moi aussi, je voulais qu’il m’embrasse sauvagement et pouvoir lui fiche une gifle juste après (c’est important, la gifle, j’y tiens, je ne suis pas une fille facile). Moi aussi, je voulais pouvoir le pleurer en me disant qu’il m’aime mais que c’est un homme d’honneur qui n’a pas pu m’épouser. Je voulais même bien devenir infirmière, tiens ! (j’ai renoncé à cette vertueuse vocation à la seconde même de ma première prise de sang)
J’étais cuite.
…
Et puis, quelques années plus tard (enfin il y a 15 ans, quoi, ça fait beaucoup d’années plus tard, en fait), j’ai vu qu’ils repassaient les « Candy » sur une chaîne belge. N’ayant pas pu voir tous les épisodes à l’époque (je ne pouvais les voir que chez mes grands-parents, et le timing n’était pas toujours parfait), je me suis mis en tête de réparer cette frustration : j’allais tous les savourer, enfin. J’ai donc supplié l’Homme de me les enregistrer. Il a dit oui et s’est empressé de refiler cette mission à sa mère. Ma belle-mère a donc religieusement enregistré les « Candy » (en se demandant certainement sur quelle cloche son fiston était tombé, mais passons). Et moi, je les ai tous visionnés.
Inutile de dire que, là, j’ai vite déchanté. Pas ou peu d’action, des bon sentiments à la pelle, de la guimauve en camions trois tonnes. Indigeste.
Mais le sommet fut atteint par Terrence. J’ai écarquillé les yeux devant ma télé.
« Mais purée, c’est qui, ce gros lourd qui se la joue, là ? Mais c’est pas possible, elle est pathétique, la fille, d’être amoureuse d’un deux-neurones pareil ! »
C’est pas une gifle, qu’elle aurait dû lu balancer, c’est son pied dans les couilles. Fort. Très fort. Et lui tendre une corde, après. Pour qu’il s’achève.
Ma période d’admiration pour les bad boys était loin derrière moi, clairement. Je m’en suis prise à l’Homme (qui n’avait rien demandé, et certainement pas une dissertation sur la représentation de l’homme et de la femme dans Candy mais soit), lui étalant mes vues :
« Non mais, t’imagines ? On a grandi avec CA sous les yeux ! Mais ce gars est à gifler ! Un mec comme ça dans la vraie vie, ça tient pas la distance 3 secondes 6 centièmes ! Il se fait virer et émasculer avant ! »
L’Homme, qu’on sentait passionné par le débat, m’a suggéré que, bon, Candy, c’était pas non plus la femme la plus hype de sa génération. Elle correspondait plutôt à l’idée qu’il se faisait de la cruche, en gros. Et que dans la vraie vie, elle non plus, ça l’aurait pas fait.
Effectivement, la cruche et le bad boy. Le couple du siècle.
On pourrait donc finir cette fable contemporaine par un salutaire « si vous vous la pétez bad boy, vous n’attirerez que des cruches » ou un « à bonne cruche, bon bad boy » ou encore « tout bad boy a la cruche qu’il mérite », etc, etc.
Mais je serais vache de vous laisser en plan comme ça. Je ne pourrais pas. Pas sans une vraie réponse à la question. Car, pour finir, elles aiment quoi, les femmes, si elles n’aiment pas les bad boys ?
Elles aiment les hommes gentils.
Si.
Mais pas les lavettes.
Les hommes qui savent mettre leurs priorités, s’affirmer, mais en douceur et en communiquant. Et avec respect tant qu’à faire. Les hommes qui font des concessions, des vraies (pas « d’accord, je vais chercher le pain, chérie, même si c’était ton tour », ça, c’est pas une concession, c’est aller acheter à bouffer, c’est tout) pour rencontrer aussi la vie, les envies de l’autre. Mais qui savent qu’en échange, l’autre aussi en fera des concessions, une partie du chemin.
Faut pas confondre « gentil » et « sans personnalité ». C’est pas pareil. N’oubliez pas la vôtre. N’oubliez pas la sienne. Les deux ensemble, ça peut faire des étincelles.
Alors, on arrête de calculer et de sortir des inepties. Des mecs gentils, doux, attentionnés, sympas et bien dans leurs baskets, les femmes en ont vachement besoin…
A bon entendeur…
PS : la fois prochaine, je vous raconterai l’histoire de la relation entre Goldorak et Candy, une autre grande fable contemporaine avec une belle morale à la fin. Du pur plaisir en perpective. (et on passera aux Barbapapa ensuite, y’a matière)
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