A tout moment la rue peut aussi dire non…
Titre piqué à une chanson d’Eiffel qu’il y a quelques mois je me passais en boucle. En me demandant pourquoi dans mon petit pays (dont on n’a cessé depuis l’enfance de me dire que c’était un « pays de cocagne, Marie, rends-toi bien compte de cela ! »), personne ne ruait dans les brancards et n’allait dire merde aux politiciens en descendant en masse dans les rues.
Notez, en même temps, j’ai été élevée à cela, moi, aux descentes dans la rue, ma mère était de toutes les manifs. A raison d’ailleurs. Et elle embarquait ses enfants bien souvent. J’ai toujours adoré l’ambiance des manifs, les gens qui se parlent, les slogans qu’on crée, l’espoir qu’on y met… Enfant et ado, ça me réchauffait le coeur.
Et je remercie ma mère de m’avoir éveillée à cela et d’avoir soutenu ses gamins (parce que mon frère est de la même trempe) à s’engager dans des choses qu’ils pensaient juste. Même si, par la suite, on s’est cognés au système, et qu’on a capté que les manifs, c’était bien beau mais ça faisait surtout du bien à nos mollets à défaut d’en faire à la cause qu’on soutenait. Elle a eu raison. Pour finir, c’est pas en incitant nos enfants à se la jouer petit esprit et désabusés qu’on va leur apprendre des trucs, hein. Et même s’il se cognent la tronche aux piliers immuables, ben ils auront osé, vécu, mené leur propre vie, c’est quand même pour ça qu’on les pond, à la base !
Mais justement, là, je lui dis quoi, moi, à mon gamin ?
Fils, tu vis dans un pays qui est une blague à lui tout seul. Un pays où les politiciens sortent des énormités pour lesquelles tout enfant de ton âge serait immanquablement puni à l’école. Où le chômage atteint un seuil incroyable et où ton père, en rentrant à la maison le soir, annonce que les gens en « comptes protégés » (càd des gens chez qui on place un limitateur de puissance sur leur compteur de gaz et d’électricité car ils ne savent plus payer leurs factures) sont chaque jour plus nombreux et qu’il y a un service entier à son boulot qui ne s’occupe que de cela. Où on a un des taux d’imposition les plus élevés d’Europe et où, malgré tout, la dette du pays est énorme. Où on paye 7 gouvernements (3 régions, 3 communautés et un gouvernement fédéral) et autant de ministres mais… sans avoir réellement de gouvernement à même de prendre des décisions pourtant vitales. Un pays où, parce que ses politiciens discutent du sexe des anges, on laisse le reste aller à vau-l’eau.
C’est ton pays, fiston.
Et on ne descend même pas dans la rue, non. C’est pire. Plus personne n’est en colère, ni même effondré. On reste tous paralysés devant tant d’invraisemblance, d’ineptie, d’incohérence, de petitesse et d’irresponsabilité. Paralysés. Et, même, parfois, en plein fou-rire. Pourtant, je te jure, c’est pas drôle. Mais le fou-rire sauve souvent du désespoir.
C’est ton pays, fiston.
Et on ne se dispute même pas. Les gens continuent à se parler, à vivre ensemble, à travailler ensemble. A s’adresser les uns aux autres en plusieurs langues, avec des codes communs, des références communes, une vie identique.
Et pourtant…
Pourtant, l’ambiance est délétère. Dans les plus hautes sphères du pays, on s’acharne encore à nier des évidences. A occulter des priorités.
Et, là, les gens saturent. Et encore plus depuis aujourd’hui où une énième tentative de solution a été rejetée.
Les langues séparent peut-être, mais le ras-le-bol rassemble.
Et ce soir, sur Facebook a émergé une vidéo. Drôle. Vraie. Qui recentre le débat.
Elle est en flamand (sorry pour les Français égarés ici, elle n’est pas sous-titrée et je n’ai pas le temps de la traduire EDIT : Yam a commencé à proposer une traduction dans les commentaires, merci à elle !!! ), preuve aussi (s’il en fallait) que, oui, tout le monde en a marre.
Ainsi, ce jeudi, les Belges se sont entendu dire qu’il va falloir parvenir à calmement reprendre tout à zéro et à entrer dans les négociations.
Wé, vous avez bien lu.
Calmement et depuis le début.
…
Cela fait 207 jours que la Belgique attend.
Calmement.
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