La femme trompée, cette pauvre petite chose…
(Remarque préalable : cet article va parler des femmes trompées. Non, cela ne signifie pas que je pense que les hommes sont tous des salauds, ni qu’ils trompent tous leurs femmes, ni, encore, que seuls les hommes trompent… A ce sujet, d’ailleurs, les statistiques sont assez unanimes : la parité est vraiment atteinte en ce qui concerne l’infidélité. Je ne vais pas aller jusqu’à en sauter de joie, mais quand même, quelque part, ça rassure de voir que s’envoyer en l’air avec quelqu’un d’autre que son conjoint officiel qui n’est pas au courant, ni forcément d’accord, n’est pas/plus l’apanage d’un seul sexe)
Les histoires de cul se suivent et ne se ressemblent pas… Les scandales du genre DSK ou Anthony Weiner font encore et toujours la une des magazines et journaux et le monde s’arrête de tourner dès qu’une phrase à leur sujet est prononcée.
Mais une donnée pourtant ne change pas, elle reste même plutôt bien ancrée dans un archaïsme bon teint.
L’image de la femme trompée.
A plaindre, assurément. Follement aveugle et qui doit avoir besoin de son mari (ce salaud) pour vivre car sinon, c’est sûr, elle serait déjà loin, tellement il est impossible de continuer à vivre auprès de cet homme abominable qui l’a trainée dans la boue en lui manquant du respect le plus élémentaire. D’ailleurs, elle va le faire, ce n’est pas possible autrement. Et si elle reste là, c’est qu’elle a quelque chose à se reprocher (peut-être qu’elle ne baisait pas bien/pas assez ? Qu’il a bien fait de la tromper ? Qu’elle était chiante au possible et qu’il a dû aller chercher du réconfort ailleurs ?) et, là, vraiment, c’est une pauvre petite chose, une pauvre, pauvre femme.
Mouais.
J’avoue, je plaide coupable. J’ai longtemps souscrit à cette image que l’iconographie de la femme trompée nous impose.
Renforcée, d’ailleurs, à 17 ans par une histoire un peu sordide. J’étais avec mon père au restaurant, le patron dudit resto était un de ses copains et nous étions, mon frère et moi, à sa table. Un homme, négociant en vin, portant beau, entre. A son bras, une blonde flamboyante. Qui, vu sa taille, sa classe et son maintien, pouvait largement se permettre la mini-jupe léopard moulante qu’elle portait sans passer pour une pouffe intégrale. Ils se sont vu accorder une table pour deux, je n’y ai plus fait attention, si ce n’est quand ce monsieur, copain avec le patron aussi, est venu nous saluer à la fin de son repas.
Le lendemain, même resto, je suis au bar (ok, j’avoue, je flashais pour le barman, ça, c’est dit) et je vois entrer à nouveau le monsieur tiré à quatre épingles. A son bras, une petite brune, femme enfant, dans une petite combi pied-de-poule avec une encolure marin. L’air fragile et timide. Je sens une main qui empoigne mon bras et le serre très fort : « C’est sa femme, mais toi, tu te TAIS ». Mon père a relâché son étreinte, je le regarde abasourdie, je fais oui-oui de la tête tout en essayant de mettre de l’ordre dans mes idées…
J’ai passé ma soirée à vouloir éviter cette femme. Pas de bol pour moi, elle me trouvait sympa, je lui rappelais sa fille et elle s’est mise en tête de me raconter sa vie. J’étais au supplice. Je répondais par mono-syllabes, histoire d’être sûre de ne pas laisser échapper une énormité. Surtout au moment où elle m’a raconté sa solitude et le « courage de mon mari, tu sais, il travaille tellement dur, on ne le voit pas souvent »… J’ai hoché la tête d’un air contrit tout en cherchant un autre sujet de conversation sur lequel enchaîner rapidement.
Je n’ai jamais revu cette femme. Je n’ai jamais posé de question à mon père. Juste au barman (devenu, par la suite, mon petit ami) qui m’a déclaré, évasivement, « oh tu sais, la vie des clients, ça ne nous regarde pas »… Il avait certes raison, mais, à 17 ans, j’avais du mal à comprendre…
Néanmoins l’image était restée dans ma tête. Celle d’une femme faible, seule, un peu terne, triste, peu intéressante… Bref, l’image de la femme trompée parfaite. La pauvre petite chose. Donc lui, il devait bien avoir de bonnes raisons d’aller voir ailleurs, hein !
Et puis la vie s’est déroulée.
L’affaire Clinton-Lewinski a éclaté. Et si je pouvais railler avec la masse le physique ingrat d’Hillary, il m’était décemment impossible de la traiter de petite chose faible, insipide et stupide. Pas elle.
Plus tard, découvrant les détails de la vie des Kennedy, j’ai pu constater la même chose pour Jacqueline Bouvier. Qui, elle, en plus d’être brillante, intelligente, cultivée et drôle, était divinement belle et élégante. Loin du cliché de la pauvre femme trompée à nouveau.
D’autres histoires ont suivi. Avec des femmes tout aussi brillantes et belles.
La dernière en date étant Anne Sinclair. Cette femme n’a rien d’une pauvre petite chose fragile, bête et soumise à un mari despote. Elle n’a pas besoin de lui pour vivre, ni pour se réaliser, sa carrière le prouve et sa fortune, familiale, la met à l’abri de tous les aléas de la vie et d’une dépendance quelconque à un homme pour assurer sa subsistance.
J’ai admiré Anne Sinclair pendant des années tous les dimanches soirs. Femme de tête, élégante, qui connaissait ses sujets et qui pouvait en imposer à plus d’un homme dans un milieu, justement, majoritairement masculin. Pas du genre à s’écraser.
Et pourtant, cette femme, tout comme Jackie, tout comme Hillary, se retrouve dans ce fameux statut de « femme trompée ». Le monde entier essaye de deviner ses émotions, la prend en pitié, se met même, parfois, à lui dicter sa conduite. Si elle aide DSK, elle n’est pas loin d’être vue comme une pigeonne qu’on plume. Si elle le quitte, on l’applaudira car elle « se fait respecter ».
Pourtant quand je la vois, debout, aux côtés de son mari, elle m’inspire le plus profond des respects.
Un jour, une connaissance avait déclaré tout de go :
« Moi, mon homme ne me trompera jamais car je lui apporte tout ce dont il a besoin »
Je ne sais pas si c’est son assurance déplacée ou sa naïveté qui m’avait le plus abasourdie.
Personne n’apporte jamais « tout ce dont il a besoin » à un conjoint. Personne.
Et, même, le ferait-on, nous ne serions pas plus à l’abri de la tromperie pour autant.
Il y a mille et une raisons qui font que le désir change de cible, mille et une raisons qui font qu’un jour, une nuit, des mois, des années, un conjoint trompe son autre conjoint. Et inutile de juger ces raisons en les voyant de l’extérieur, elles appartiennent au couple et elles ne nous regardent en aucun cas.
Et, du coup, inutile d’avoir pitié d’Anne Sinclair, de la plaindre, de la juger.
Elle n’est en rien une petite chose fragile. Elle est une femme adulte, qui affronte une histoire d’adultes, et quelle que soit sa décision au final, rester avec son mari ou le quitter, elle la prendra en tant que femme et pas en tant que « pauvre petite chose ».
Tout ce qu’on peut faire, au final, c’est lui souhaiter la sérénité et de faire le choix qui lui convient.
Pas pour nous et en fonction de nous, mais pour elle et en fonction d’elle.
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