Voter pour l’économie ou pour des valeurs ?
Voilà, ça y est, la campagne présidentielle française est terminée.
On va pouvoir reprendre une activité normale. Essayer de se reprendre, et en France, même, recommencer à dialoguer.
Oui parce que si on a beaucoup entendu les candidats et leurs discours pendant cette campagne (et pendant ces 15 derniers jours), les dialogues, eux, ont joué les grands absents. Ils devaient être en vacances, loin, au large.
Pourtant c’est bien de cela dont la France aurait eu besoin. Plus que de slogans et de discours à l’emporte-pièce.
Mais voilà, y’a pas eu.
Et en même temps, c’est normal. Analysons les choses deux secondes.
Comment vouliez-vous que le dialogue s’engage alors que les protagonistes ne parlaient pas la même langue ? Ne parlaient pas des mêmes choses ? Ne parlaient pas sur le même plan ?
L’un représentait un pays sur le plan économique. Et pour atteindre et réaliser ce but économique, il était prêt à faire fi d’un bon nombre de valeurs. A fouler même aux pieds certaines des valeurs qui représentent la République Française. Pour lui, la fin justifiait les moyens.
L’autre représentait un pays sur le plan de ses valeurs justement. Le plan économique n’étant pas le point fort de son programme. Quitte à faire peur à une grande partie de ses concitoyens, à ne pas les rassurer sur l’avenir de leur pays face à la crise. Pour lui, les valeurs passaient avant tout.
Les Français ont tranché. Ils ont élu le deuxième.
Ils ont élu des valeurs. Oooooh pas en masse, juste un peu plus de la moitié. Mais des valeurs quand même. Pour le respect, pour l’égalité, la solidarité, pour une certaine décence aussi. Ils ont remis ces valeurs au centre.
Entre l’économie et l’humain, ils ont choisi l’humain.
On me dit « mais il n’y a pas de quoi se réjouir ??? Que va-t-il advenir de la France au niveau économique ??? ».
Je n’ai pas de réponse à cela. Pas de réponse du tout. Et, en même temps, je ne me réjouis pas. Ce lundi, des millions de gens devront encore et toujours se lever, prendre leur bus-leur tram-leur train. Aller bosser (pour ceux qui ont un boulot), confronter un contexte économique morose voire même catastrophique pour certains. Et se demander à quelle sauce ils vont être mangés.
Non, je ne me réjouis pas.
Mais, en même temps, je me sens profondément apaisée.
Car, certes, l’avenir économique est incertain. Mais j’ai vu ce dimanche soir que des gens ont voté pour remettre des valeurs, de l’humain au centre des préoccupations. Que des gens ont voté pour qu’on arrête de leur demander de choisir des boucs émissaires. Qu’on arrête de leur demander de désigner d’autres êtres humains comme étant des « mauvais », des « parasites ». Ils ont dit stop à ce genre de discours.
Et comme ce n’est pas forcément le cas dans mon pays (en Flandre, les discours stigmatisant une autre communauté, les francophones, font carton plein et prennent chaque jour plus d’ampleur au point d’en paralyser tout un pays et, même, au risque de le faire exploser), comme ce n’est pas le cas dans d’autres pays d’Europe (ce même dimanche, des néo-nazis ont été élus en Grèce), je suis touchée. En plein coeur.
Avoir cette audace de voter pour des valeurs de respect, d’amour, d’ouverture. Ils l’ont eue.
L’Europe devrait en prendre de la graine.
Et l’économie ? Elle suivra. Faites-lui confiance.
La France de demain aura des défis à relever. Mais elle pourra se regarder en face.
Elle ne crachera au visage de personne.
Et pour une fois, ce dimanche soir, l’Histoire, la Grande, ne se répète pas.
Ce dimanche soir, le temps a suspendu son vol.
Ce dimanche seulement peut-être. Mais ce dimanche… déjà.
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