Manifeste de la mère pourrave
(rendons à César ce qui lui appartient, la création de la magnifique locution « mère pourrave » revient à mon amie Gana, mais je la lui emprunte car c’est on ne peut plus explicite dans le cas qui nous occupe !)
Le petit de l’Homme, comme bon nombre de ses congénères de 8 ans et plus, a une vie sociale bien chargée. Des activités en pagaille. Et encore, on s’est empressés de lui mettre des limites parce que, sinon, c’est notre vie à nous qui n’allait plus suivre. Une activité extra-scolaire par jour nous semblant être une moyenne plus que raisonnable.
Bref. Parmi ses nombreuses activités, il prend des cours de solfège. Il ne trouve pas ça nul du tout, ça l’éclate, il aime. Et il aime aussi et surtout les potes qu’il s’est fait à ce cours (plus marrants que Beethoven, j’en conviens).
Pour gérer ses aller-venues école-cours de solfège, on a mis en place un système « help-grands-mères » plutôt efficace. Ben ouais, je travaille, l’Homme aussi. Et le solfège, ça ne se suit visiblement qu’AVANT 18h00. Nos mamans respectives à l’Homme et à moi nous sont donc d’un vrai, utile, secours.
Mais là, il y a peu, nous devions nous rendre, l’Homme, le petit et moi, à un événement en début de soirée. J’ai donc demandé à l’Homme de signifier à sa maman de ne pas aller chercher le petit de l’Homme au solfège, que j’irais le chercher moi-même. Ce que l’Homme fit sans délai.
Sauf que moi, j’ai pensé qu’il n’avait pas eu le temps de le faire. Et que je me suis dit que, donc, je ne devais pas aller chercher la chair de ma chair au solfège, que sa grand-mère s’en chargeait.
Vous vous doutez de la suite… Personne n’est allé chercher cet enfant. Qui a patiemment attendu devant l’école en jouant avec ses copains, puis, le dernier copain envolé, a continué à patiemment attendre sans jouer, puis, comme tout enfant de 8 ans normalement constitué, en a eu marre d’être patient.
Et, au lieu de continuer à attendre en se mettant à pleurer devant l’école pour qu’un adulte vienne à son aide (pas son truc, les adultes, visiblement), il a décidé de rentrer à la maison tout seul. Grande première, on ne le laisse pas rentrer de l’école seul encore (je ne l’en sentais jusqu’ici pas vraiment capable), et de l’académie de musique encore moins (pas de trottoir et une chaussée de folie à traverser).
Il a sonné, j’ai ouvert… « T’as vu, je suis rentré TOUT SEUL du solfège ! »
Le ciel m’est tombé sur la tête.
« HEIN ??!!! Mais t’es fou ??? Elle est où, ta grand-mère ???? »
« Elle est pas là ! C’est TOI qui devais venir me chercher, tu m’as oublié !!!! »
Et il a fondu en larmes.
J’ai mis 2 secondes 3 centièmes pour réaliser, comprendre et le serrer dans mes bras…
Je pense que je n’ai jamais autant dit « excuse-moi » de ma vie. Faudrait vérifier dans le Guinness Book, mais je tiens un record, là, je crois…
Le sentiment d’être la mère la plus pourrie de la création m’a envahie illico. Pour ne plus me lâcher.
Pourtant la « mère parfaite », elle n’existe pas.
C’est un peu comme le Prince Charmant, voyez : une image d’épinal qu’on nous vend petites filles pour bien nous fiche la pression.
Pour finir, mon gamin, il est pas mort, pas traumatisé, pas révolté. Cette histoire lui a certes fichu un coup de stress, mais au final, elle l’a fait marrer et, avouons-le, il est hyper fier de son exploit.
Moi par contre, j’en ai pour 300 ans de thérapie (au bas mot) pour cause de fissure de mon image de mère ultra-parfaite. C’est moi la traumatisée sur le coup.
Alors je me suis baffée (ouais).
Punaise, c’est quoi être une (bonne) mère ? Hein ?
C’est foutre son gamin sous cloche pour lui éviter tout souci, tout manquement, toute expérience ?
C’est être infaillible ?
Mission impossible.
Donc être une mère, un père (un parent quoi, oui, je sais, je pouvais faire court, mais c’est moins drôle), c’est éduquer son môme de manière à ce qu’il puisse s’en sortir sur la planète. Ou dans les rues de sa ville, au choix.
Et là, mon gamin, il a plutôt bien géré l’affaire. C’était pas énorme, pas un truc incroyable, mais à son échelle, ça tenait quand même du petit défi. Il s’est démerdé, avec ses moyens à lui. Il a eu assez confiance en sa réflexion et son instinct, c’est pas une mauvaise conclusion de l’histoire, au final.
Et peut-être même que c’est nous qui avons permis qu’il développe cette confiance en lui et cet instinct.
Alors on va oublier la thérapie, le traumatisme et le calimérisme, là.
Pour finir, je suis une excellente mère pourrave.
PS : et ce p’tit couillon n’a pas perdu le nord, ni le sens de la négociation. Il a dorénavant décidé de faire du lobbying pour obtenir un téléphone portable parce que, je cite, « tu vois, si j’en avais eu un, ben t’aurais pas été triste, j’aurais pu t’appeler et tu serais venue me chercher ! »… Tssss, sale gosse, va !
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