« Je suis un pré-ado ! » ou « Heureux 11 ans, mon amour »
Je pense que la phrase fétiche du petit de l’Homme (à part « ça craint » -phrase number one-, « c’est TROP classe » et « qu’est-ce que tu veux que j’en sache ! » -qu’il vient de gentiment me souffler) est « je suis un pré-ado, hein ! ».
Ca excuse tout, ça explique tout.
Et ça le rend extrêmement fier, au passage.
Et de fait, il en a tous les signes, du pré-ado.
« Tu veux qu’on aille visiter un musée, mon chéri ? »
« Un musée ????? Ca craint ! »
(plus petit, il réclamait des « visites de musée », si, si)
« On va quelques jours à Berlin, qu’est-ce que tu en penses ? »
« Pffff, ça craint »
(il n’avait encore jamais mis les pieds à Berlin, il a par la suite trouvé la ville « trop classe »)
« Non, tu n’iras pas en skateboard à l’école »
(surtout que tu ne gères pas le truc et qu’il y a deux parkings et deux rues dangereuses à traverser)
« Mais ça craint !!!!! »
A tel point que nous nous sommes à un moment sentis obligés de lui répondre, vertement :
« Si tu prononces encore UNE SEULE FOIS ‘ça craint’, tu vas vraiment comprendre ce que ça veut dire. Et on te jure, ça va craindre ! »
Il s’est calmé. Un temps.
(Mais s’il recommence, j’envisage de lui faire conjuguer le verbe « craindre » à tous les temps et tous les modes, ce qui fera une excellente révision pour les verbes du 3ème groupe. Sa prof de français m’élèvera une statue et je pourrai écrire un bouquin de pédagogie sur l’apprentissage du français pour pré-ado. La célébrité est à ma porte !)
Mais il a trouvé mille autres moyens entretemps de nous montrer qu’il est un ado en devenir très, trop, proche.
Des regards moqueurs aux exigences décalées, des réponses bien senties aux coups de gueule intempestifs… On a un (tout petit) aperçu de ce qui nous attend dans quelques temps.
Et on le sent, il est impatient d’y être. Dans cette adolescence qui promet tant de choses (dont une liberté d’action étendue qu’il fantasme un peu trop, quand même). Dans cette adolescence qui l’attire comme un aimant (« Je mue, tu ne trouves pas ? » « Non, mon chéri, on ne mue pas à 10 ans »).
Dans cette adolescence à laquelle il n’échappera pas.
J’en frémis d’avance.
Et mes frémissements sont à la hauteur de son impatience.
« C’est quand que je suis ado ? Je suis pas un tout petit peu ado, déjà ? Je suis pré-ado, hein, c’est ado, quoi ! »
Oui. Pré.
Mais pas ado.
Non, pas ado.
Mon chéri, dans mon souvenir, un ado ne réclame pas que maman lui fasse trois bisous avant de sortir de sa chambre, le soir. Un ado ne rigole plus aux larmes aux blagues de sa mère (même un ado bon public, je te jure). Un ado ne se jette pas dans les bras de sa mère en la serrant très fort quand il rentre de l’école le soir (même s’il caille). Un ado ne déclare pas à sa mère, extatique, « on fait une super bonne équipe, toi et moi ! » quand ils font des cupcakes ensemble (d’ailleurs, un ado ne réclame plus de faire des cupcakes avec sa mère, même s’il est affamé). Un ado ne couve plus sa mère d’un regard tendre et pétillant en lui murmurant « je t’aime, maman » régulièrement (il part du fait qu’elle le sait, on va pas passer sa vie à le lui dire, hein). Un ado ne vient plus se glisser dans le lit de ses parents quand il a un cauchemar (par contre, il envisage d’autres lits, je te le concède). Un ado ne dit pas à ses potes qu’il a des parents extraordinaires (il dit qu’il a des parents, point). Un ado ne rêve pas de « faire des soirées où on regarde des films rien qu’à nous trois » (enfin, ça dépend des trois, là…). Un ado n’agrippe pas la main de sa mère dans la rue en la portant à sa joue « car elle est douce »…
Non, pour moi, un ado ne fait pas ou plus tout ça.
Et ce n’est pas grave, en fait.
Un ado, ça fait d’autres choses. Tout aussi chouettes.
Mais c’est parce que tu fais encore tout cela qu’une petite voix me dit que tu n’es pas encore vraiment un ado.
Pas vraiment du tout.
Et ce n’est pas grave, non plus.
Ca viendra.
Et ça sera trop classe, tu verras.
(et ça craindra vraiment aussi, parfois)
En attendant, profite de ton statut de petit garçon.
Ce soir, tu riras parce que je te ferai une blague que tu trouveras drôle, tu réclameras tes trois bisous (et un quatrième pour m’empêcher de sortir de ta chambre), tu me rappelleras de ne pas oublier d’emballer les cupcakes pour l’école demain et tu me diras que ta vie est trop chouette et que tu as des parents extraordinaires de t’organiser la boum de tes rêves.
Et je sortirai de ta chambre et ne fermerai pas complètement ta porte au cas où tu ferais un cauchemar.
« Tu as la peau douce, maman »
« Toi aussi, mon chéri, toute douce »
« Pfff, t’es sûre ? J’ai pas un peu de poils, là ? »
Non, pas l’ombre d’un.
Mais c’est normal.
Très heureux 11 ans, mon grand garçon.



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